Le renouvellement politique n’est pas l’apanage de La République en marche

Plusieurs personnalités venant d’horizons militants divers à gauche lancent un appel à la refonte d’un espace politique transpartisan, en lien avec les acteurs associatifs et les mouvements citoyens.

Nous sommes la génération qui vient. Candidates et candidats pour la première fois aux élections législatives de juin prochain, jeunes élu.e.s de terrain, nous avons décidé d’agir.

C’est avec consternation que nous analysons la séquence politique qui s’achève par l’élection d’Emmanuel Macron face à Marine Le Pen. Un an d’une campagne pourrie par les affaires, minée par la corruption et le soupçon. Aujourd’hui, mus par une sourde inquiétude et la volonté de prendre en main nous-mêmes notre destin, nous avons décidé d’agir. Les grands défis qui nous préoccupent furent mis sous l’éteignoir au profit des petites phrases. Face aux enjeux impératifs de notre temps et de notre génération, la campagne présidentielle devait être l’heure des choix : quels calendriers pour les transitions énergétiques et numériques, quel périmètre pour la reconfiguration du projet européen, comment renouveler les pratiques politiques, quels leviers pour créer des solidarités efficaces face aux changements indispensables de notre modèle productif ? Ce fut le bal des egos, du marketing politique, cadenassé par la rhétorique de haine du Front national. Nos frustrations et nos inquiétudes sont à la mesure de ce rendez-vous manqué, elles sont aussi celles des milliers d’électeurs que nous rencontrons sur le terrain de nos circonscriptions.

Nous sommes donc déterminés à nous faire entendre lors de l’ultime étape de cette très longue campagne, les élections législatives de juin.

Attirer, inspirer, participer

Nous venons d’horizons militants divers, ancrés à gauche. Forts de nos expériences associatives et politiques, nous faisons le constat que notre génération aspire à s’engager, à apporter elle-même les réponses politiques aux enjeux qui la concernent. Cependant, la dynamique des partis politiques traditionnels est à bout de souffle, et les appareils peinent à se restructurer après la partie de chamboule-tout présidentiel. Les structures classiques font donc le carré autour d’antiques barons plutôt que de rebattre les cartes du jeu bureaucratique au sein de leurs propres instances. Cet immobilisme peureux interdit un véritablement renouveau démocratique. Ce plafond de verre auquel nous, jeunes candidat.e.s, nous heurtons trop souvent, nous devons le faire sauter car il est le principal obstacle à un réel renouvellement des pratiques, à une plus grande transparence de la vie publique et à la confiance retrouvée entre nos compatriotes et leurs élu.e.s.

Beaucoup d’entre nous ont commencé à militer après le 21 avril 2002, cherchant, souvent en vain, à entrer dans jeu politique. L’espace démocratique était saturé des mêmes leaders charismatiques, tout occupés à ménager leur réélection et leur carrière et incapables de prendre la mesure de la montée du populisme ni de mettre en œuvre les mesures politiques nécessaires. Le moment collectif qui suivit fut brutal et terrorisant, l’hyper-terrorisme disputant la Une à l’urgence climatique et à la crise migratoire. Pour trop d’aspects, le quinquennat qui s’achève n’est pas parvenu à apaiser et à rassurer les Français, à donner une vision globale des enjeux que nous allons affronter ni des réponses qu’il convient de leur apporter. Si nous refusons d’être soumis à une vie politique où tous les cinq ans le Front national constitue le verrou médiatique de l’élection présidentielle, nous avons le devoir d’inspirer et d’attirer les milliers de citoyen.ne.s qui veulent participer à la refonte en profondeur de nos modèles démocratique, économique et social. C’est le sens du succès des démarches d’Emmanuel Macron et de Jean-Luc Mélenchon dans cette campagne.

De quoi le renouvellement est-il le nom ?

Pour inspirer et attirer à la participation politique nos concitoyen.ne.s, il convient de dire avec précision de quoi le renouvellement est le nom. Le dégagisme et le jeunisme, le renouvellement marketing ne sont que le cache-sexe de pratiques féodales reconduites avec de nouveaux hommes liges. Ainsi, nous nous engageons à porter le fer sur les avantages acquis d’une classe politique trop souvent hors-sol.

Interdire le cumul des mandats et en limiter le nombre dans le temps, exiger un quitus fiscal et un casier judiciaire vierge des délits incompatibles avec la probité d’un.e élu.e, permettre un contrôle citoyen sur l’utilisation de la réserve parlementaire sont autant de pistes pour rétablir le lien de confiance entre les citoyens et leurs élus.

Le renouvellement des pratiques politiques passe également par la montée en puissance de la co-construction de la loi entre les élus, les associations et syndicats et les citoyens, à l’instar de la loi pour une république numérique ou encore de la plateforme «Parlement & citoyens». Cette co-construction, ce recours à l’intelligence collective dans l’élaboration des textes portés par les parlementaires promettent de sérieux avantages dans le lien entre les Français et leurs élus : c’est une pédagogie régulière des complexités et des difficultés du travail législatif de nature à désarmer le populisme qui frappe la classe politique ; c’est l’assurance de faire du temps du mandat un temps d’échanges permanents, où les élu.e.s devront convaincre, mobiliser et associer largement ceux qui participent à l’écriture collaborative de la loi.

Promouvoir les coalitions et les collectifs

C’est aussi l’idée d’une démocratie pertinente, dans laquelle les habitant.e.s sont reconnus comme les experts de leur propre vie, dans laquelle les premiers concernés par une loi, une réforme, une action sont les premiers consultés. Jeunes, personnes en situation de handicap, mères isolées, bénéficiaires du RSA, paysans : nous souhaitons donner les moyens à une consultation réelle, un pouvoir citoyen qui pense l’équité.

Nous ne croyons pas aux vertus marketing de la société civile telle qu’on nous la présente actuellement. Nous faisons de la politique et nous croyons aux structures, entièrement reconfigurées, qui donnent un cadre à l’engagement des citoyens. Pour autant, chacun doit pouvoir s’engager plus ponctuellement, prendre des responsabilités plus vite et pouvoir être remplacé par d’autres également plus rapidement. Sur tel dossier ou tel combat, les seuls partis ne peuvent réussir et de plus larges coalitions avec le monde associatif et syndical, des collectifs de citoyens et de territoires doivent devenir la règle.

Nous sommes la génération qui vient, lasse des antiques bureaucraties et médusée par la rapidité du coup marketing du centre macronnien. Convaincus qu’il y a un espace à gauche, transpartisan, intimement lié aux acteurs associatifs et aux mouvements citoyens qui sont nés pour pallier l’incurie du politique de ces trente dernières années, nous lançons un appel aux jeunes candidat.e.s. qui se présentent pour la première fois à gauche pour ces élections législatives.

Ce combat ne peut être porté à quelques-uns, isolés et luttant contre d’imposants appareils. Il est celui d’une génération, la nôtre, et nous avons le devoir de réussir tant les enjeux en France, en Europe et dans le monde commandent d’être libres, inventifs, déterminés et courageux.

Signataires : Gabrielle Siry, candidate PS aux législatives sur la 5ecirconscription des Français de l’étranger (Andorre, Portugal, Espagne, Monaco) ; Nathalie Perrin-Gilbert, maire du 1er arrondissement de Lyon, candidate dans la 2e circonscription du Rhône ; Charlotte Marchandise, élue municipale Rennes, candidate de la Primaire citoyenne à l’élection présidentielle, candidate aux élections législatives dans la 1ere circonscription d’Ille-et-Vilaine ; Bastien Faudot, candidat aux législatives dans la 1ere circonscription du Territoire de Belfort, élu de Belfort et du département, porte-parole national du MRC ; MehdiBenlahcen, président du groupe Français du monde, Ecologie et solidarité à l’Assemblée des Français de l’étranger, candidat aux élections sénatoriales des Français établis hors de France ; Thomas Gachet, président d’associations d’éducations populaires en Bretagne ; François Fournier, Parti écologiste ; Florian Bohême, candidat PS 11e circonscription des Français de l’étranger (Asie, Russie et Australie) ; Guillaume Mathelier, maire d’Ambilly, premier secrétaire fédéral du PS (Haute-Savoie), ex-candidat aux élections législatives dans la 6ecirconscription des Français de l’étranger (Suisse, Liechtenstein), désistement au profit d’EE-LV ; Laure Pallez, présidente de la commission des finances, du budget et de la fiscalité à l’Assemblée des Français de l’étranger, candidate aux élections sénatoriales des Français établis hors de France ; Cécilia Gondard, vice-présidente du groupement Français du monde, Écologie et Solidarité à l’AFE ; Yan Chantrel, candidat du PS dans la 1e circonscription des Français de l’étranger (Etats-Unis, Canada) ; Anne Morin, conseillère communale à Saint Gilles, Bruxelles ; Isabelle Attard, députée citoyenne du Calvados.

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