Socialistes, réveillons-nous !, par le collectif En Commun

Tribune publiée dans Le Monde le 24 novembre 2017

Selon une analyse en vogue, le cataclysme de l’année 2017 serait venu couronner les années de «paresse intellectuelle» au PS. En réalité, de la base militante à Solférino, de la réflexion est encore produite. La véritable question est la suivante : quelles propositions sont diffusées et perçues par l’opinion ? Une idée n’est portée dans le débat public que si un acteur a intérêt à ce qu’elle le soit. Comment se fait-il que des propositions qui font consensus au PS n’émergent pas tandis que des positions minoritaires peuvent se traduire en loi, sur un sujet aussi fondamental que le travail par exemple ?

Nous sommes originaires de territoires différents, exerçons des professions diverses, et n’avons pas défendu les mêmes candidats à la primaire. Cela n’est pas source de clivages durables, car nous savons que les prétendues « gauches irréconciliables » ont été pour beaucoup alimentées par des postures. Le système des primaires encourage à se distinguer de ses concurrents en occupant un créneau politique. Sans nier les responsabilités individuelles, les conséquences délétères de nos logiques institutionnelles, qui alimentent en outre l’esprit de caste et de cour, doivent nous conduire à les revoir.

Nous ne raisonnons pas en termes de « part de marché » à occuper au sein du parti ou à gauche ; nous constatons que nous partageons les mêmes valeurs, les mêmes analyses sur la réalité du 21e siècle et le fonctionnement inadapté du parti socialiste à celle-ci. C’est en modifiant notre organisation que nous pourrons répondre aux enjeux de notre siècle.

Nous développerons prochainement les enjeux suivants, centraux pour le socialisme du 21e siècle

La révolution numérique transforme les modes de production et de consommation. La valeur ajoutée est de plus en plus captée par de gigantesques conglomérats transnationaux, tandis que de nouvelles formes de travail apparaissent. Notre système de protection sociale est pourtant intimement lié au salariat et devra en outre faire face à l’allongement sans précédent de la durée de vie. Dans ce contexte, nous devons inventer de nouvelles protections, repenser le temps de travail et réaffirmer une politique volontariste de redistribution et de réduction des inégalités.

Dans le même temps, l’innovation technologique, source de créations d’emplois et de progrès incroyables dans des domaines tels que la médecine ou les énergies vertes, doit être encouragée. À l’heure des données massives, des objets connectés et de l’intelligence artificielle, nous avons conscience de deux impératifs : la compétitivité et la création d’emplois dans une économie ouverte, ainsi que la nécessité d’inventer de nouvelles protections pour tous les actifs, dont la formation doit constituer la pierre angulaire.

Une révolution climatique est en cours : malgré les accords internationaux, les dérèglements sont brutaux. La relocalisation des produits que nous consommons est un préalable : les circuits courts et l’ESS doivent être au fondement de la nouvelle économie. Socialisme et écologie sont désormais indissociables car les inégalités environnementales sont aujourd’hui des inégalités sociales.

Nous constatons en outre que des pans entiers de la République se retirent de nos processus de participation démocratique. La majeure part des emplois est créée dans les grandes aires métropolitaines. Face à cette mondialisation qui disloque et pousse à se replier sur des communautés plutôt que sur la solidarité nationale, nous avons le devoir de rassembler ce qui est épars, autour d’une pierre d’angle : recréer des Communs.

L’Union européenne est un échelon pertinent pour relever nombre de ces défis d’échelle internationale. Seule une UE forte pourra être vectrice de protection dans la mondialisation, où elle doit peser en tant que puissance normative, notamment en promouvant le juste-échange dans le commerce international. Une telle mission extérieure implique d’être capable de porter un jugement critique sur ce qui a ou n’a pas fonctionné dans l’Union, notamment en matière de politiques économiques libérales.

Les bouleversements de nos modes de production se font déjà sentir dans nos modes d’organisation sociale. Ce n’est que si les partis politiques évoluent en conséquence qu’ils seront en mesure de répondre efficacement à tous ces enjeux.

Nous réformer réellement pour être en mesure de convaincre et d’agir à l’avenir

Alors que l’espace public s’est considérablement élargi avec l’émergence de nouveaux modes d’information et de communication, le PS se caractérise par des lieux de débat fermés et une prise de décision concentrée dans les mains d’une poignée de responsables. Ce décalage nous coûte cher. Nous avons perdu de nombreuses forces vives au profit de mouvements récents qui sont parvenus à renvoyer une image plus participative, qui n’est pourtant qu’une gageure.

Face à la verticalité proposée par d’autres forces politiques, un réseau plus horizontal entre militants et instances du parti doit renforcer les liens avec la société civile et permettre de profiter de l’intelligence collective, notamment par des consultations via des outils performants et transparents. L’introduction de nouvelles méthodes doit nous permettre d’avancer rapidement dans le développement de “parcours militants” avec de véritables outils d’information et d’apprentissage, de décentraliser le pouvoir au sein du parti, de mieux détecter et promouvoir les talents, de renforcer l’efficacité de nos actions militantes…

En somme, un futur parti socialiste doit être en mesure de générer du pouvoir d’agir collectif, pour définir un programme clair. Au XIXe siècle, nos Anciens furent capables de surmonter la 2e révolution industrielle en s’appuyant sur le mouvement mutualiste pour inventer le socialisme municipal. Les Socialistes au XXIe siècle peuvent offrir les moyens de faire de la « troisième révolution industrielle » une opportunité plutôt qu’une menace. Réveillons-nous !

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